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Pierre-Joseph Redouté

13 décembre 2011
Pierre-Joseph Redouté, le plus grand peintre de fleurs français, mais aussi un grand botaniste.

par Pierre Moulet

La vie s’écoule, se dévide et, finalement, nous échappe laissant partir souvenirs et choses aimées.
Qui ne souhaiterait voir son jardin agrémenté toute l’année de fleurs épanouies et odorantes ?
Les botanistes ont trouvé la parade en « inventant » l’herbier de plantes sèches qui permet d’étudier les plantes vernales ou estivales en toutes saisons, même l’hiver.
Mais n’est pas botaniste qui veut !
La dessiccation, on le sait, détruit les couleurs. Il ne reste donc à l’amateur que le recours au dessin, à la peinture, à l’aquarelle ou à la gouache (avant que la photographie puis le scannage ne fassent leur apparition) pour admirer tout à loisir les productions de Flore.
Le dessin, d’abord scientifique, froid, « au naturel » est fait essentiellement pour aider à l’identification spécifique, mais il laisse rapidement une place au dessin d’artiste. Et là, les résultats sont le plus souvent mitigés, voire calamiteux … car ne dessine ni ne colore qui veut !
La plante est capricieuse malgré son statisme !
Elle ne se laisse point reproduire par le premier venu sous prétexte qu’il ne lui ôtera point la vie. La vie de la plante, l’expression de la fleur c’est aussi (c’est d’abord ?) son attitude, son port, les circonvolutions des feuilles, les repliements des pétales, les frisottements du bord des sépales, les enroulements des tiges, les érections des branchioles …
La vie, au plus intime de la plante, c’est sa biochimie, la chlorophylle, les xanthanes, les auxines et toutes ces protéines qui, une fois disparues, font de la plus colorée des fleurs une « bauco »(Herbe sèche provençale) bonne à être jetée au feu.
L’aspect physique, structurel et l’aspect vital, coloré doivent être traités en même temps afin de restituer au mieux l’image du vivant, mais il faut, pour être un peintre des fleurs digne de ce nom, avoir été apprivoisé par l’un et l’autre.
On ne devient pas peintre des fleurs comme on devient peintre en lettres, cela s’apprend sans cesse jusqu’à la dernière griffure de crayon, la dernière passée du pinceau. Chaque espèce florale est différente des autres, chaque variété est singulière, chaque exemplaire est unique.

Après avoir été charmé, séduit, envoûté par une foultitude de fleurs appartenant aux familles les plus diverses et avant de devenir, tel le Petit Prince, serviteur des Roses, Redouté s’attacha aux lis, fritillaires et autres bulbeuses : les Liliacées (il faut noter que sous le nom de Liliacées, Redouté englobe bien des plantes que nous ne considérons plus comme faisant partie de cette famille, tels les tulipes, les sabots, l’ananas ou le bananier).

Cette communion avec le Règne Végétal et ses années de jeunesse à Kew, manipulant le microscope, lui permirent une précision des formes et surtout des couleurs inégalée non seulement à son époque mais également aujourd’hui.

Avant les roses (dont on parlera probablement un jour) P.J. Redouté s’attache à une œuvre immense dont la publication s’échelonne sur une quinzaine d’années (« seulement » huit pour l’édition princeps de Les Roses). 486 œuvres dessinées méticuleusement, colorées passionnément.
C’est le blanc immaculé, suave de l’iris de Florence, le rouge de la brique méridionale longuement cuite au soleil de l’amaryllis, le noir bleuté d’ardoise de l’iris de Suze, les fleurs étoilées au pétale blafard sanguinolent de l’asphodèle, l’explosion, telle une pièce de feu d’artifice multicolore, des fleurs des ails
Voici le rouge-brun marocain finement borduré de jaune de la tulipe odorante, le beige-crème à cœur rouge du glaïeul en pointe et les pétales blanc laineux panaché de pâle incarnat un sur deux de la tulipe de l’Ecluse.
Que dire du régulier carroyage des fleurs de fritillaires, du bleu acier des fruits de la dianelle en glaive, du blanc velouté de rosâtre délavé et jaunement ponctué de l’alstremeria. Et encore la tulipe à fleurs pointues dont l’extrémité des pétales d’une ultime étroitesse s’évanouit à nos yeux.
Le bulbe lui-même et ses fines peaux déhiscentes à la base apparaît dans toute sa puissance, bulbe massif pyriforme, bulbe aplati, bulbe vénérable avec sa descendance de bulbilles.
Les feuilles, lanières tirebouchonnées et retombantes, longuement engainantes ou courtement lancéolées et érectées dont les nuances de vert traduisent la maturité.
Les fleurs non encore parfaites pour paraître se recroquevillent en un bouton prêt à éclater comme ballon de baudruche, tout cela est fixé sur le papier scientifiquement, artistiquement.
Avec Les Liliacées P. J. Redouté nous livre un somptueux ouvrage où, au fil des pages,  s’exprime toute la quintessence de son art.

Télécharger "Zoom sur l'exemplaire des liliacés se trouvant à la Bibliothèque Requien" Un des trésors de la bibliothèque Requien
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