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Musiques du Nord du temps de Rubens

Le 17 juin prochain, à l'occasion de l'arrivée du chef d'oeuvre de Rubens prêté par le musée Thyssen de Madrid, une exposition d'instruments et un concert célèbreront au Musée Calvet le mariage de la peinture et de la musique des 16ème au 18ème siècle.
 

"Music for a while", pièce renommée du compositeur anglais Henry Purcell est le titre que José Vázquez a choisi pour le concert qu'il présentera avec son ensemble Orpheon Consort parmi les toiles des Maîtres du Nord exposées au musée Calvet. Conçu comme un concert à la maison pendant la période élisabéthaine, des compositions à caractère méditatif, très vite suivies par des pièces de danse très enjouées seront interprétées sur quelques uns des instruments originaux de la Collection Orpheon, qui demeureront ensuite exposés jusqu'au 18 septembre parmi les oeuvres du musée.
 

Peter Paul Rubens (1577-1640), dont la femme était musicienne, fut le conseiller pour les Beaux Arts de Charles 1er d'Angleterre. C'est lui qui présida à l'acquisition de la remarquable collection royale de peintures italiennes et flamandes, parmi lesquelles figurent des tableaux de Léonard de Vinci, déjà fameux à cette époque. Son compatriote Van Dyck devint le peintre préféré de la cour et de la noblesse d'Angleterre et fut d'ailleurs fait chevalier par Charles 1er qui lui donna le titre de "premier peintre ordinaire de sa Majesté".
 

Après la mort de Charles, jugé par le parlement puritain puis décapité publiquement à Londres en 1649, Cromwell s'empara des collections royales et les vendit aux enchères d'Anvers pour acheter des canons. Par l'intermédiaire de son ambassadeur, le roi d'Espagne y acheta presque tout, y compris des centaines de tapisseries des Gobelins, au prix de la toile !
 

C'est lors de cette même vente que les collections du Roi d'Espagne aussi bien que celle de l'Empereur d'Autriche se sont enrichies de la plupart de leurs peintures de Rubens et de Van Dyck, que l'on peut aujourd'hui admirer dans les musées de Madrid, de Vienne, … et aujourd'hui d'Avignon !
 

Charles 1er appréciait la peinture mais également la musique, et jouait lui-même de la viole de gambe. Il compta dans sa chapelle d'excellents musiciens tels William Lawes, un esprit extraordinaire, tué lors d'une des batailles de la Révolution anglaise en 1645, mais aussi Alfonso Ferrabosco, Giovanni Coperario et d'autres, dont quelques œuvres seront présentées lors de ce concert.
 

La musique anglaise de consort était alors appréciée dans toute l'Europe, et influença d'ailleurs le développement de toute la musique de chambre européenne.
 

Les violes anglaises, comme celles qui seront jouées lors de ce concert, étaient fabriquées selon un principe totalement différent des violes continentales. Les tables d’harmonie de ces instruments étaient construites en assemblant de cinq à sept panneaux de bois courbés à chaud jusqu'à la forme voulue. Cette méthode permet au luthier de fabriquer des tables d'une remarquable finesse, tout en conservant au bois sa stabilité. Le son qui en résulte est très différent de celui obtenu par les luthiers du continent, qui utilisent la méthode traditionnelle consistant à creuser la table dans une planche épaisse de bois, comme on le pratique dans la fabrication des violons.
 

Pouvoir jouer encore aujourd'hui sur plusieurs instruments originaux d'un même luthier du 17ème siècle est une chance inouïe pour des musiciens ! En 1676 déjà, le théoricien Thomas Mace recommandait pour constituer un consort d'utiliser des instruments faits par le même luthier chaque fois que c'était possible, et d'utiliser des instruments ayant au moins cent ans. Au 17ème siècle, les instruments les plus anciens étaient donc déjà considérés comme meilleurs que les instruments de facture récente. C'est une particularité des instruments à cordes en général. Plus ils sont vieux, mieux ils sonnent, ce qui n'est pas le cas des instruments à vent dont le son se détériore avec l'âge.
 

Ces instruments "vivants" sont rassemblés au sein de la Collection Orpheon dont la vocation est de continuer à les faire entendre à travers les siècles. Avec ce tout premier concert et l'exposition d'un petit nombre d'instruments d'époque, se dessine pour Avignon l'espoir et le privilège d'unir la fondation Calvet et la Collection Orpheon, dont l'ambition partagée est de venir encore enrichir le patrimoine artistique et historique de la Ville.
 

Pour en savoir plus sur le projet Calvet-Orpheon
 
Contactez la fondation Orpheon



Published on : 03/13/2006
       
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